BUSSEAU SUR CREUSE : une gare, un viaduc (1)

BUSSEAU SUR CREUSE :

 une gare, un viaduc…

I - HISTORIQUE

 

PRESENTATION

      Busseau sur Creuse se situe dans le Limousin et plus précisément, au nord-est du département de la Creuse dont Guéret est la préfecture.Montluçon, dont nous parlerons dans cet article, se trouve au nord-est de Guéret, mais dans l’Allier, appartenant, lui, à la région Auvergne.Saint-Sulpice Laurière, (lui-même sur l’axe Paris / Toulouse),  dans le Limousin, est  en Haute-Vienne, à la limite de la Creuse au sud-ouest de Guéret et au nord de Limoges.

 

Busseau sur Creuse : gare de bifurcation

 

     L’arrivée du chemin de fer à Limoges en 1856, a engendré la création d’une liaison ferroviaire : Limoges / Montluçon via Saint Sulpice Laurière : le train pénétrait en Creuse ! Le 19 juin 1857, La Compagnie PARIS-ORLEANS (P.O.) obtient la concession de construction de la ligne de Chemin de Fer de Montluçon à Limoges.

      Après de multiples polémiques sur le futur tracé de la ligne, cette décision a été prise par Napoléon III, par un décret d’utilité publique du 22 juin 1861.

 

 

 

 

     Cette ligne desservait, entre autres, les gares de Guéret et de Busseau, ce qui a nécessité la construction d'un viaduc qui enjambait la Creuse, juste à la sortie de la gare de Busseau qui fut, elle aussi, construite en 1864 et inaugurée en même temps que le viaduc.

 

 

     Cette ligne ne sera en fait qu'une portion de la ligne Bordeaux / Lyon (via Limoges)

     Le 21 novembre 1864 a eu lieu l’ouverture du tronçon Saint-Sulpice Laurière / Busseau, d’une longueur de 59 kilomètres, mais toujours sans jonction avec Montluçon, tant que le viaduc n’était pas construit.

     A cette époque, partant de Montluçon, passant par Cressat, en direction de Busseau, une desserte provisoire fut ouverte, et traversait tout le bassin houiller d’Ahun jusqu’à Fourneaux, avec rebroussement peu avant Busseau, côté Montluçon.

 

     En février 1865 ouverture de la ligne Saint-Sulpice-Laurière / Montluçon (par Busseau sur Creuse).

     L’intérieur de la gare a conservé, à ce jour, son aspect désuet des années 1950.

 

 

 

 

 

L’antenne de Busseau sur Creuse à Ussel :

 

 

-         le 29 décembre 1864 ouverture Busseau sur Creuse / Fourneaux

-         Le 17 février 1871 : ouverture  Fourneaux / Aubusson

-         Le 28 août 1882 : ouverture Aubusson / Felletin (sur la section Busseau sur Creuse / Felletin, les passages à niveaux ont été automatisés en 1989)

-         en 1903 : ouverture de la ligne Aubusson / La Courtine

    - le 1er juin 1905 : ouverture de la ligne La Courtine / Ussel

 

      

     Comme certaines voies de la gare de Busseau, l'antenne Busseau / Felletin est restée équipée en rails double champignon.

 

 

 

        Depuis, hélas, les mouvements sur cette ligne, se sont petit à petit raréfiés, jusqu’à s’arrêter pour certains :

- le 30 septembre 1979 : fermeture aux voyageurs Felletin / Ussel (section déclassée et déposée jusqu'à La Courtine), fermeture au fret Felletin / La Courtine (section déclassée et déposée).

- le 17 ocobre 2001 : fermeture au fret : La Courtine / Ussel (section déclassée)

 

     Reste la ligne TER 15 passant par les gares creusoises de Busseau sur  Creuse, Aubusson et Felletin.

     Il n’y a plus à ce-jour qu’un aller/retour ferroviaire, Felletin / Limoges, le reste de la desserte ayant été transférée à la route.

 

 

La ligne de Limoges à Montluçon :

 

     Pour achever la ligne Limoges / Montluçon, il ne fallu pas moins de 3 tunnels et 4 viaducs, le plus important étant celui de Busseau, ouvert à la circulation au printemps 1865 et par là même, la ligne Montluçon / Saint-Sulpice Laurière  via Domérat, Huriel, Treignat,  Lavaufranche, Chanon, Parsac-Gouzon, Sainte-Feyre, Guéret, La Brionne, Montaigut, Vieilleville et Marsac pour citer toutes les gares et stations desservies.

 

 

 

 

 

A cette époque, la Gare de Busseau sur Creuse était une importante desserte de trafic voyageurs    et marchandises et une plate-forme de triage conséquente, ainsi qu’un petit dépôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     En 1919, l’électrification de la ligne : Saint-Sulpice-Laurière / Gannat ,via Guéret, Busseau et Montluçon, avait été projetée par le P.O., mais ne fut jamais réalisée.

 Malheureusement, peu à peu, avec la réduction des mouvements la S.N.C.F.  a revendu toute la plate forme triage à une laiterie en 1962, qui apportait encore un trafic marchandises non négligeable.

Au début des années 1960, il existait encore 2 châteaux d’eau, dont un se situait à la sortie de la gare, juste avant le viaduc et était alimenté par une station de pompage en dessous, au niveau de la Creuse.

Dans les années 1980, les RTG qui effectuaient les Bordeaux / Lyon et Lyon / Bordeaux, s’arrêtaient encore à Busseau.

     Actuellement, la ligne est exploitée en bloc manuel.

 

 

 

 

 

    La vitesse maximale autorisée sur le viaduc est de 80 km/h annoncée par un TIV fixe, de part et d’autre de l’ouvrage.

     En entrée de gare, que ce soit côté Montluçon ou côté Guéret, l’accès aux voies d’évitement est limité à 40 km/h par un TIV mobile.

 

 

 

     Cependant, le 23 décembre 1864 à midi, et pour la première fois, le viaduc fut franchi par un train constitué d’une locomotive à laquelle étaient attelés un wagon-salon du P.O. et 2 autres voitures,  sous les applaudissements des ouvriers ayant travaillé à cet ouvrage. A cette occasion un « Discours d’Inauguration du Viaduc de Busseau et de la Gare » fut prononcé : le nom de l’auteur, orateur n’est pas connu ; son enthousiasme et sa fierté donnèrent cette envolée lyrique originale :

      "….. L’Inauguration de la nouvelle gare de Busseau remet à l’exploitation une gloire ordinaire. Quel employé n’a pas vraiment l’âme toute ravie, devant un pareil pont, d’être à la Compagnie !

     Remarquez le coup d’œil exercé, distrait et empêché de s’ennuyer à l’aspect de cet édifice. Plus d’un étranger de Paris ou d’ailleurs, venu comme amateur pour constater ce monument comme chef d’œuvre d’art ou de caprice, s’arrêtera et restera émerveillé, surpris.

     Las d’admirer, il voudra connaître et demandera aux ouvriers ou aux passants, le nom de cet endroit. On leur répondra :   C’est Busseau ! C’est le pont de fer ! ! !"

 

 

 

 

LE VIADUC :

 

     Longueur totale du viaduc : 338,70 m, largeur: 8 m, hauteur (par rapport au lit de la rivière : 55,50 m.

    

 

 

     

         La partie métallique a été construite par les Ateliers Cail et Compagnie établis en Creuse.

 

Le tablier :

     Long de 286,50 m, il est constitué de pièces de fer, enchevêtrées les unes dans les autres et fixées par des rivets – il en a fallu plus de 200 000 !!-

Il est supporté, aux 2 extrémités par 2 culées en pierre :

      - côté est (Montluçon) viaduc d’ancrage de 3 arches en pierre,

      - côté ouest (Busseau) culée en pierre (en 1905 : modification par l’introduction d’une dalle de béton.    

     Lancé, côté Montluçon, le tablier est arrivé côté Limoges à 5 mm près de la position assignée par les plans (remarquable performance !!!)

Les piles : 

     Le tablier du pont avec des travées au nombre de six : d’est en ouest : 1x45m, 4x50m, 1x41m, est supporté par 5 piles.  En fait, les piles étaient construites, par le haut, au fur et à mesure de l’avancement du tablier à l’aide d’immenses échafaudages posés sur la maçonnerie .

     Les fondations des 2 piles encadrant la rivière, ont été établies sur le granit dur à 3m au-dessous du niveau d’étiage de la Creuse.     

     Hauteur des maçonneries sur sol : 18 m.   

     Les 3 piles centrales sont construites en fonte par 8 colonnes chacune et jointes par 7 étages de 4,50 m de croix de « Saint-André », horizontalement et verticalement et assujetties par des boulons et des rivets pour les rendre solidaires .

     Une petite pile est d’une hauteur de 30 m et une grande pile de 51,50m .

       Le poids total du viaduc, piles comprises, hors maçonnerie, est de 2 millions de kilos (soit : 2000 tonnes), il est régulièrement repeint, ce qui nécessite à chaque opération : 15 tonnes de peinture !!! 

        Il a été commencé le 31 décembre 1863 par plus  de 100 ouvriers pour la plupart creusois ….. et 1 an  après , il était inauguré !!!!!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     A l'origine, le viaduc a été conçu à double voie dès la sortie de la gare de Busseau, d'une part vers Montluçon (voie de gauche), d'autre part vers Ussel (voie de droite).

     Aujourd'hui, la voie de droite a été déposée et la bifurcation se fait juste à la sortie du viaduc de Busseau (côté Montluçon).

     De nos jours, la ligne directe Busseau / Ussel n'existe plus : la desserte pour Ussel se fait par autorail jusqu'à Felletin puis en car de Felletin à Ussel (la ligne a été neutralisée entre Felletin et La Courtine.

     Le viaduc de Busseau sur Creuse a été inscrit le 15 janvier 1975 à l' I.S.M.H. (Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques)

 

Busseau s'en va-t-en guerre :

     1914-1918 :

     Certes, éloignée de la zone de combat, la Creuse n'en a pas moins participé à la guerre, en voici une anecdote :

Le 2 novembre 1914, 70 personnes évacuées du Nord, débarquèrent en gare de Genouillat-Chatelus (au Nord de Guéret) : parmi elles, un jeune de 14 ans et son grand-père (qui travailla dans une ferme pendant toute la guerre) : ..... c'était MAURICE THOREZ !

 

     1939-1945 :

     Le 16 février 1943, l'Etat français de Vichy, institua : le Service du Travail Obligatoire ( S.T.O.), le premier train de "travailleurs déportés" de la Creuse, partit de Guéret le 11 mars 1943 à 16H16.

     Le 30 avril 1944 eut lieu le premier sabotage du viadoc de Busseau, par les maquisards. L'objectif n'était pas de détruire l'ouvrage, mais d'interrompre durablement la circulation ferroviaire, afin de retarder, voir d'empêcher la remontée des troupes allemandes vers la Normandie.

     Les charges de plastic furent fixées à la base de la première pile (côté Montluçon). l'explosion provoqua un affaissement peu important : le trafic fut provisoirement interrompu. Les Allemands entreprirent rapidement les réparations.

     Le 17 mai 1944 : sabotage d'un train à Busseau pour retarder la remise en service du viaduc.

     Des résistants s'emparèrent d'un train venant d'Aubusson, le vidèrent (voyageurs et personnel roulant).

     Ils lancèrent, à pleine vitesse,la locomotive poussant deux voitures et un wagon plateau, avant de sauter en marche.

     Le convoi traversa le chantier, annulant ainsi les travaux de réfection.

     A la 1ère aiguille, le wagon plateau dérailla, et poussé par la locomotive, se dressa verticalement et vint s'écraser sur la marquise de la gare : c'est depuis ce jour, que la gare de Busseau sur Creuse n'a plus de marquise !!

     Le 18 juin 1944 : deuxième sabotage du viaduc, avec toujours le même objectif: ne pas causer de dêgats irrémédiables, mais la volonté d'empêcher les Allemands de remonter vers le Nord.

     Cette fois, les charges explosives ont été placées diamétralement opposées sur chacune des 8 colonnes métalliques constituant la 2ème pile (côté Montluçon).

     Le pilier s'est affaissé de 14 cm !

     Les Allemeands ne purent cette fois, le remettre en état.

     Dès la libération, la S.N.C.F. fit réparer et consolider les piles 1 et 2 sectionnées, qui furent noyés dans un sarcophage en béton après que le tablier eut été relevé.

... à suivre ...

 

Reportage : Nicole et Bernard POURRIERES

Photos : Bernard POURRIERES

Mise en page : Nicole POURRIERES

Publié le 04/06/2008

 

Commentaires (3)

1. Gérard Le 04/06/2008 à 17:05

Ce n'est pas un reportage...

c'est un vrai roman.

Superbe!

merci Madame la rédactrice en chef.

2. Bernard Le 04/08/2008 à 17:38

Logiquement, une réactualisation devrait suivre car du matériel a disparu depuis, comme les X 2800 et le Bordeaux Lyon n'est plus assuré en rame tractée mais par une UM d'X 73500.

3. PEYNICHOUT Le 17/11/2008 à 08:41

Lien vers le site web de PEYNICHOUT Envoyer un e-mail à PEYNICHOUT
Merci pour ce reportage.
J'ai été Chef de parcours SES (Service Electrique) d'Octobre 1950 à Mars 1955, puis ensuite, comme Elève-Chef de District, j'ai fait des travaux de voie dans la région.
Que de souvenirs se rattachent à ces lieux !
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Dernière mise à jour de cette rubrique le 04/06/2008